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Oh les mouches!

1Une mouche, des diptères...     2 24 h de la vie d'une mouche
     3 Mouche savante      4 l'orchis qui aime les mouches

Une mouche, des diptères...


les mouches, avec leurs six pattes, leur corps divisé en trois segments aisés à distinguer appartiennent à l'immense classe des insectes, ou hexapodes, immense par sa diversité puisqu'ils représentent à eux seuls, plus de la moitié des espèces connues. Immense aussi par leur nombre car, si l'on ne tient pas compte des microbes, les insectes sont sans doutes les êtres les plus nombreux sur terre.

Dans un aussi vaste groupe, vous pensez bien que l'on trouve pas mal de diversité. L'une des plus riche famille d'insectes -en nombre d'espèces- est celle des diptères à laquelle appartiennent nos mouches.

Diptères , c'est facile, ça veut dire « deux ailes » (di = deux, ptèra = ailes) alors que tous les autres insectes ailés en ont quatre. Mais ne vous en faites pas pour eux, ils n'en sont pas jaloux, car, à la place de la seconde paire d'ailes, les diptères possèdent une paire de « balanciers » ou « haltères », très petits. Ces gadgets leur permettent de contrôler avec une précision étonnante leur direction et font de ces insectes des champions de la voltige aérienne, à rendre vert de jalousie un pilote de la patrouille de France.

Ils ont une tête assez large presque toujours équipée d'yeux énormes qui leur assurent une vision panoramique absolue. Autre caractère indispensable pour entrer dans le club, être muni d'une trompe pour aspirer des liquides. En effet, tous les diptères, même les carnivores se nourrissent de liquide, vous aurez l'occasion de vous en assurer dans les pages qui suivent.

Enfin, les diptères font tous des enfants qui ne leur ressemblent pas. Les savants disent que ce sont des holométaboles, car leur développement passe par une métamorphose complète qui, d'une larve, souvent moche et insignifiante donnera un adulte... parfois très joli.

Pour finir, sachez qu'il existe deux catégories de diptères: il y a ceux, fins et élégants qui possèdent des antennes plutôt longues et très minces, ce sont les némocères (némo suggère une forme de ver, tandis que cère vient de ceros, qui signifie corne). Ceux-là comprennent les moustiques et les tipules, ces sortes de grands moustiques dégingandés qui errent dans les jardins.

Et puis il y a la catégorie qui nous intéresse, celle à antennes courtes, ou brachycères (vous l'aurez compris, malins que vous êtes, brachy signifie court). Ce sont les mouches!




 

Vingt-quatre heures de la vie d'une mouche



Vous la connaissez, elle est peut être en train de vous tournicoter autour, ou bien, perchée au plafond, elle attend le moment où vous poserez votre tartine de confiture pour y goûter, c'est la mouche domestique, Musca domestica pour les connaisseurs. Cette demoiselle est parmi les animaux les plus courants du monde puisqu'elle vit partout où vivent les humains.

La vie d'une mouche adulte commence par une naissance, ou, plutôt, une éclosion. Drôle d'éclosion d'ailleurs. Pour sortir de son cocon, la jeune mouche gonfle l'enveloppe de sa tête afin de déchirer la paroi qui l'emprisonne. Avec cet air-bag elle parvient assez vite à s'en extirper. Aussitôt, elle cherche un abri où se cacher en attendant que ses ailes se défripent et deviennent fonctionnelles. Dès que c'est bon, elle met les gaz, et vrrr! Elle s'envole et commence sa quête.

Une mouche mâle n'est en général préoccupée que par une seule chose : trouver une fille. Il ne songe guère à se nourrir, le gaillard. Il survole tout le secteur, antennes à l'affut du moindre parfum affriolant.

Les femelles sont plus gourmandes. Si elles visitent votre cuisine, c'est bien pour y trouver à manger. Ce n'est pas trop étonnant, en fait, car une fille-mouche a aussi pour mission de perpétuer l'espèce, et, pour cela, elle doit produire quelques centaines d'œufs. Il lui faut donc impérativement trouver de la matière première, sucres et protéines, pour fabriquer ses ovules.

Et c'est là que la confiture de votre tartine devient intéressante pour notre petite mouche. Le sucre, c'est sacrément riche en énergie. Mais elle n'est pas difficile, vous savez. Du pain, de la farine, un bout de viande (de préférence cru), une crotte de chien ou un cadavre de lézard, tout lui convient, du moment que c'est un peu mou et facilement digestible.

Quand un bon morceau est en vue, elle se pose dessus, le goûte avec les soies de ses pattes et de sa trompe. Puis, si ça vaut le coup, elle crache sur son plat une salive abondante et corrosive qui dissout l'aliment, le liquéfie. Il ne lui reste plus alors qu'à sucer le bon jus avec sa trompe spongieuse.

Mais ce n'est pas le tout, il serait bon qu'elle se préoccupe de séduire un mâle en goguette. Pour cela, rien ne vaut les phéromones, de subtils parfums qui auront tôt fait d'attirer tous les gars du quartier. Le premier arrivé grimpe sur la croupe de la belle afin de la féconder. Il l'asperge au passage d'un parfum repoussoir qui éloignera tous les autres mâles. Ce n'est pas très sympa comme manière, mais c'est tout ce qu'il a trouvé pour s'assurer de transmettre son patrimoine génétique, le goujat.

En tout cas, madame Mouche est maintenant comblée. Sans perdre une minute, elle part en quête d'un lieu sûr et favorable pour pondre ses œufs. L'idéal, c'est un tas de déchets en décomposition. Il y fait chaud, humide et il y a de quoi nourrir ses petits.

La mouche pondra dans les heures qui suivent l'accouplement de 100 à 150 œufs, puis, elle repartira à la recherche de nourriture... et d'aventure amoureuse. Au cours de sa brève vie, (trois à quatre semaines si tout va bien) elle pondra quatre ou cinq fois.



La mouche savante

Flattée qu'un journal ait emprunté son nom comme titre, une drosophile a accepté de répondre aux questions de notre envoyé spécial.

« Bonjour, euh... mademoiselle Drosophile, il est notoire que vous fréquentez depuis pas mal de temps déjà, les laboratoires. Pouvez-vous nous en dire plus?

-C'est exact, voilà bientôt cent ans que quelques-unes de mes ancêtres ont entamé une carrière scientifique, avec le succès que l'on sait, bien sûr.

  • Mais avant cela, où vivaient-elles? Et comment vivent celles de votre famille qui ne sont pas dans la science?

  • Et bien, nous les drosophiles avons un faible pour les fruits un peu trop mûrs et ceux qui ont commencé à fermenter. Aussi, c'est dans les vergers, autour des conserveries à fruits et... dans les caves vigneronnes que nous nous plaisons. Abandonnez quelques poires blettes et vous aurez la joie d'observer une petite colonie de charmantes drosophiles s'installer!

  • Mais revenons-en à votre carrière scientifique. Il paraît que vous avez permis d'importantes découvertes?

  • Je dirais même des découvertes fondamentales. C'était dans les années trente. On redécouvrait à peine les lois de l'hérédité de Mendel. L'idée de gène commençait à s'installer mais il manquait toujours aux savant un support à ces gènes. En fait, ils voyaient bien que des caractères se transmettaient d'une génération à l'autre; ils se doutaient que ces caractères pouvaient être « inscrits » quelque part dans les organismes, mais ils ne savaient pas où.

    C'est un vieux savant du nom de Morgan qui a découvert le pot-aux-roses. Il élevait de mes cousines dans son laboratoire et il observait régulièrement l'apparition d'individus bizarres : avec quatre ailes au lieu de deux, avec un corps entièrement noir, ou bien avec des yeux de couleur fantaisiste.

    Il a été le premier à démontrer aux humains qu'il existait un lien entre ces anomalies -qu'il appelait des mutations- et les chromosomes. Il en a donc déduit que les caractères héréditaires étaient inscrits sur ces chromosomes.

  • Bravo! Mais, ça il aurait pu le démontrer aussi bien avec des petits pois ou des lapins. Qu'est-ce que vous les drosophiles vous aviez de plus?

  • Voyez vous, jeune homme, nous sommes prolifiques. Bien nourries une colonie de drosophiles donnera une dizaine de génération en un an. Essayez de faire pareil avec des lapins! On y serait encore!

    Autre avantage, nos chromosomes sont peu nombreux ( quatre paires) et faciles à observer. Surtout chez nos larves qui possèdent dans quelques organes des chromosomes « géants ». Il n'y a pas, nous sommes idéales!

  • Donc vous avez permis de comprendre que le patrimoine génétique est inscrit sur les chromosomes.

  • Exact, ce qui nous a valu le prix Nobel!

  • Hum! Ce serait plutôt ce professeur Morgan qui l'a eu, non?

  • Oui, et ben sans nous, il aurait pas eu tripette, le Morgan!

  • Bon, bon! Ne vous énervez pas! Revenons à votre carrière, voulez-vous. Avez-vous participé à d'autres découvertes, depuis?

  • Bien sûr! De très nombreux laboratoires emploient les services de drosophiles. Nous avons fait d'importantes avancées dans les domaines de l'embryologie et de l'évolution!

  • Vous avez des exemples?

  • Vous connaissez les gènes « architectes »? ces gènes qui commandent la formation des embryons? Et bien c'est nous qui les avons découverts. Leur particularités est d'être groupés et alignés sur un chromosome, selon leur rôle. Ainsi, ceux qui programment la formation de la tête sont au début de la file, ceux de l'abdomen sont à la fin. En modifiant les positions ou en supprimant certains de ces gènes, les chercheurs sont parvenus à créer de drôles de mutants, avec des pattes à la place des antennes, par exemple, ou des yeux sur les pattes.

  • Épatant!

  • Et plus épatant encore, ces gènes architectes que nous avons, nous, les drosophiles, se retrouvent chez presque tous les autres animaux, humains compris! Là encore, ces travaux nous ont permis d'obtenir un prix Nobel.

  • Oui, passons... autre chose, encore?

  • Nous avons aussi pu jouer un rôle important dans la compréhension de l'évolution des espèces. Voulez-vous un exemple?

  • Euh, merci, mais, je crois que la place manque pour poursuivre... je suppose que vous avez encore eu le prix Nobel? »








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